Félix Neko, le 17 juillet 2026
Le nouveau maître du temps : Le démiurgisme lyrique de Jean-Luc Mélenchon
Il faut nationaliser le temps affirme Jean-Luc Mélenchon. Devenir le maître des horloges en somme ? Cela n’est pas nouveau. Sommes-nous donc en présence d’une étrange créature hybride nommée Jean-Luc Macron ou de son double titanesque, Emmanuel Mélanchon ?
J’ai écouté par hasard le discours prononcé le 14 juillet dernier par le leader de la LFI : beaucoup de talent rhétorique s’y déploie, c’est-à dire d’habileté et de puissance… pour générer le vide des émotions, préparer l’auditeur à trouver génial et admettre sans distance tout propos de l’enchanteur, sous l’effet de la drogue verbale qu’on lui administre. Comme tant d’autres avant lui et sans nul doute après lui, Jean-Luc Mélenchon use des vieilles méthodes oratoires bien connues et théorisées depuis l’Antiquité. On songe à L’Éloge d’Hélène de Gorgias où il est dit qu’un bon orateur est comparable au médecin qui maîtrise la science des potions afin de produire à volonté tous les effets possibles, y compris la mort de son malheureux patient. Nous sommes en effet avec ce genre de pratique dans le monde des fascinations sensibles liées aux représentations et aux humeurs capables d’agir sur l’âme afin de la gouverner, comme le dit le même Gorgias dans le dialogue éponyme de Platon.
En l’occurrence, Jean-Luc Mélenchon se fait conteur. Il offre à ses auditeurs le roman d’une Révolution Française idéale à la Michelet sans l’écriture de Michelet afin de galvaniser un imaginaire grandiose, mais totalement à côté des enjeux contemporains. Les électeurs s’interrogent sur les retraites, le climat, leur avenir, pas sur l’épineuse question de savoir si le 14 Juillet est la Fête des Fédérations ou si nous nous sentons le coeur jacobin.
Le capitalisme serait-il par ailleurs le responsable ultime de la crise climatique ? Il y prend certes une part indéniable et dramatique, mais au sein d’une idéologie globale, commune aux grands « ismes du XX siècle » : celle de l’efficience technique absolue et de la réduction de la nature au seul rôle de moyen. La centrale de Tchernobyl a été bâtie en Ukraine comme un éminent symbole de l’excellence soviétique par un concepteur dévoué au régime communiste et persuadé de la supériorité de celui-ci, au point d’affirmer sans ciller qu’en raison de sa perfection technique sans égale, ce fleuron de l’industrie nucléaire civile aurait aussi bien pu être installé en toute confiance au coeur même de Moscou !
En Pologne, dès les années 1950, la concentration des industries les plus polluantes dans certaines villes à un degré jamais atteint en Europe occidentale, fait que les taux d’anomalies congénitales y sont étrangement élevés chez les nouveaux-nés, sans parler des cancers générés par les métaux lourds chez les adultes.
La réalité est que cette catastrophe résulte d’un implacable facteur qui dépasse l’avidité des uns et l’orgueil idéologique des autre. Il s’agit de la transformation de l’idéal cartésien, se rendre « comme maître et possesseur de la nature » afin de travailler à l’amélioration de la condition humaine, en pur délire de toute puissance prométhéenne, au nom d’un futurisme idéal désormais démasqué, caduque et anachronique. Jean-Luc Mélenchon n’est pas l’homme de la situation mais celui du passé. Et celui des contradictions permanentes puisqu’il continue par exemple d’aduler le modèle chinois qui engendre pourtant l’une des pires formes de capitalisme sauvage, auprès duquel celui d’un Donald Trump semble presque enfantin en dépit des ravages qu’il engendre !

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